Un regard sur demain


Rien de mieux pour commencer l'année qu'un petit regard sur ce qui nous attend, ce qui m'attend autour de moi. C'est donc naturellement que je vous présente mon quartier, enfin, à peu près. Car oui mon quartier est assez difficile à définir, disons qu'il y a ma petit rue, très désordonnée, avec des petits marchants qui s'étalent sur le trottoir, avec un joli petit bordel ambiant, et en même temps une joie de vivre permanente. Il y a ces petits immeubles traditionnels de Shanghai, 6 étages pas d'ascenseur, mais aussi les quelques tours où j'habite, pas toutes neuves, pas trop vieilles non plus, certainement datant du début du grand développement de Shanghai, il y a 20 ou 30 ans, aller, disons qu'elles ont mon âge...


Et puis on traverse, on fait 100 mètres et on arrive dans ces grandes tours toutes neuves, là où les riches bobos de Shanghai viennent s'installer, le Château Pinacle, avec à ses pieds de minuscules maisons, vieilles et délabrées, là où les conditions sanitaires sont au plus bas, le seul point d'eau étant souvent situé en pleine rue. Ici avant il y avait un petit marché, et puis il a du se déplacer, un jour on a y a mis une barrière pour fermer la rue. Et puis les gens ont aussi dû partir de leur logement de fortune dans les minuscules maisons, partir on ne sait où, mais il y avait désormais un mur de brique pour fermer l'accès à leurs logements. Et aujourd'hui il n'y a plus rien. Rien que des gravas et du vide, du vent, de l'ennuie, en attendant, attendant quoi? D'autres tours, neuves, sûrement.


Derrière le Château Pinacle il y a aussi ces petits immeubles traditionnels, les mêmes qu'autour de chez moi, 6 étages, pas d'ascenseur. Enfin il y avait, car un jour ils ont fait pareil, ils ont fermé le portail, et ils monté ces grandes palissades, afin de couper la vue, d'atténuer aussi un peu la poussière. Et là aussi, les immeubles sont devenus des gravas, et aujourd'hui, plus rien. Car c'est ça le regard sur l'avenir d'ici, tous ces petits quartiers traditionnels qui disparaissent et font place aux grandes tours ultra modernes, la population qui change, passant des Shanghainese de classe populaire aux hautes sphères expatriées ou chinoise. Car ici l'avenir c'est une sorte de grand nettoyage, afin de rendre la ville plus "propre" comme ils disent, mais surtout lui enlevant une partie de son âme, ces petites âmes travailleuses qui n'ont d'autre choix que de partir dans les banlieues, à plus d'une ou deux heures de transport de la ville. Demain sera donc plus propre autour de chez moi, oui ça du propre on va en avoir, mais qu'est-ce qu'on va s'emmerder, avec tous les p'tits culs pincés et autres cols serrés des hautes tours d'à côté... Avant-hier en rentrant j'ai découvert une petite barrière à l'entrée de ma rue, servant à réguler la circulation... Quelle circulation? On verra, mais le dernier point de vie du quartier, en bas de chez moi, a certainement vu passer son dernier Noël.