Les jeunes du temple


Le temple GuanYin (观音寺), perché sur les hautes montagnes du nord-ouest du Sichuan, est une petite merveille d'environs 800 ans, magnifiquement préservé et entretenu. C'est aussi un passage incontournable pour les locaux et autres pèlerins, malgré l'accès relativement compliqué via l'unique petite route sinueuse à flanc de montagne. Ce fut l'occasion pour moi d'attirer quelques curieux qui passaient par là, comme ces deux amis accompagnés de leurs compagnes. Plutôt intimidés au début, me fixant du regard avec un petit sourire un peu crispé, leurs visages se sont illuminés lorsque je leur ai répondu en quelques mots de mandarin. Il ne le parlaient pas très bien, à peut prêt à mon niveau, mais donc suffisamment pour que l'on se comprenne. Ravis, ils sautent sur l'occasion pour chacun leur tour se faire prendre en photo avec moi, sous le regard amusé de leurs compagnes, pour le coup beaucoup plus timides et s'étant rapidement mises en retrait. Évidemment, je leur demande d'immortalisé moi aussi cette rencontre, et ils s'installent alors en aval du temple, dans leur style bien caractéristique, mi-moderne mi-traditionnel.


C'est vraiment cet aspect qui m'a plu chez eux, leur mélange des genres qui est typique des jeunes générations des minorités Chinoises, tiraillées entre deux mondes que tout oppose. Ici on les voit avec leurs chemises bien ajustée, leurs jeans et leurs chaussures cirées, tout en arborant leur veste tibétaine traditionnelle ainsi que cette magnifique écharpe blanche. Ils m'ont donc un peu rappelé les Miao que j'ai eu la chance de rencontrer l'année dernière, de par leur attrait pour le monde moderne, un monde qui est pourtant très éloigné du leur, auquel ils n'ont que très peu accès du fait de la barrière de la langue (ils parlent très mal mandarin) et de leur distance par rapport à toute ville moderne (Chengdu est à plus de 15 heures de voiture de là), et qu'ils ne côtoient donc quasiment que via internet depuis très peu de temps. Mais il y a donc aussi cet attachement très fort aux traditions, les visites régulières au temple, les pratiques religieuses en général, le mode de vie, et évidemment une grande partie du code vestimentaire, toujours présents. Ils font partis des générations charnières qui vont définir le virage à prendre dans les années à venir pour ces minorités, et reflètent parfaitement le déchirement qui existe entre les partisans du rattachement à la Chine moderne, et les partisans de la ligne traditionnel. Cette fracture est d'autant plus présente dans la minorité Tibétaine, étant donné la situation politique très compliqué de la région, créant de "faux Tibétains" et de "vrais Tibétains" comme ils me le racontaient eux même.


Bref, c'est vraiment une image qui m'a marqué, du fait de cette rencontre des plus agréables, de leurs grands sourires grâce à notre brève discussion, de leurs compagnes qui se moquaient gentiment d'eux, c'était un grand bol d'air frais qui m'a permis de renouer contact avec des locaux après quelques jours compliqués, quelques jours dont je vais devoir prendre le temps de vous parler prochainement, quelques jours fabuleux, qui ont défié toutes mes attentes, et qui m'ont amené dans le lieu le plus fantastique qu'il m'ait été donné de voir jusqu'à présent, et dont je meurs d'impatience de pouvoir vous parler.