Pan Yu Lu


Aujourd'hui j'ai envie de vous parler de Pan Yu Lu, qui est la rue dans laquelle je vis, et qui a subit de profonds changements récemment, des changements que j'avais déjà évoqué ici, mais qui ont pris une toute autre allure ces dernières semaines. Les bulldozers sont arrivés, la police est arrivée, tout a été bloqué, les petits magasins ont été murés, la rue s'est éteinte, en une journée. Cela avait commencé par la rue principale, où les terrasses des cafés ont sauté, où notre minuscule restaurant japonais s'est fait muré, où les petites épiceries ont disparues.


Et puis ce fut le tour de notre rue, petite et un peu différente, isolée, avec ses petits commerces, avec ce côté hyper chinois, ces dames qui vendent les légumes dans la rue, le boucher qui n'a pas de banque réfrigérée, le marchant de fruits qui nous presse la canne à sucre à volonté dans la rue pour de super jus, les bonbonnes d'eau qui s'entassent dans la rue et arrivent chez nous dans les 10 minutes, le petit coiffeur avec ses serviettes toutes trouées. le marchant de draps et de couverture, le petit restaurant musulman ou les nouilles d'à côté. Bref c'est toute une vie, c'est des gens, des sourires, des regards, qui sont là depuis bientôt 3 ans que j'habite ici. Mais tout ça, a définitivement disparu, tous ces gens que l'on ne reverra plus, qui ont dû pour la plupart rentrer dans leur région natale, ne pouvant pas s'offrir le luxe d'un vrai magasin dans un beau quartier. C'est toute cette vie de Shanghai qui a disparu il y a quelques semaines, et je fais désormais face au silence de ma rue, face à la tristesse des murs tout beaux tout neufs et tout propres. Désormais tout est froid, immobile, et d'un ennui profond. Les recycleurs de cartons sont partis, n'ayant plus de quoi s'approvisionner ici, la vie a disparu, et mon quartier s'est transformé, d'un endroit animé, plein de vie, qui m'a fait flasher au premier regard, justement à cause de toute cette vie, de ce côté super pratique. Alors aujourd'hui j'ai juste envie de vous partager un peu de cette vie là, de ma rue, de Pan Yu Lu, de ces couleurs, de ces lumières, de ces odeurs aussi parfois, mais de ce côté chaleureux qui me manque tant.



Désormais tout est propre, tout est lisse, impossible d'acheter de quoi se faire à manger sans aller au supermarché, qui bien entendu a été dévalisé lorsqu'on rentre enfin chez nous. C'est donc un nouveau rythme, de nouveaux repères à prendre. Rien d'impossible pour nous, mais je ne peux m'empêcher de penser à tous ces gens qui ont fait partis de notre vie pendant ces années, qui étaient là tous les jours, et qui désormais sont rentrés chez eux, loin d'ici, parfois à plusieurs milliers de kilomètres de là, qui avaient un rêve en venant à Shanghai, un rêve d'une vie meilleure, mais dont ce rêve fut balayé en une froide matinée de janvier, dans la poussière et le fracas des bulldozers. Alors je voudrais juste pour une fois partagé une photo que je n'ai pas prise, mais que ma copine a prise, le dernier soir, avant que tout ne soit finis. Cette photo c'est celle de notre petite vendeuse de légumes, que je n'ai malheureusement pas réussis à croiser les derniers jours, qui a été adorable avec nous, un vrai bon souvenir, qu'il faut garder ou partager, pour que les images de son sourire réchauffe un peu la froide rue que l'on nous a désormais laissé. Un nouveau départ pour beaucoup, une véritable transformation de Shanghai ces derniers mois, où tout devient trop propre, trop calme.